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Bulletin # 5 - mars 2008
« Faut-il brûler les plans d’affaires? », c’est la question à laquelle ont tenté de répondre Claude Ananou, chargé de formation, HEC Montréal et Raphaël Cohen, professeur-chercheur, HEC Genève dans une communication présentée dans le cadre du 5e Congrès international de l’Académie de l’entrepreneuriat qui a eu lieu en octobre dernier à Sherbrooke. Le but de cette réflexion n’est pas de balayer du revers de la main l’utilité du plan d’affaires, mais de questionner plutôt sa pertinence en fonction des circonstances.
Quelques faits…
Selon une étude récemment publiée par Babson Collège, le fait de rédiger un plan d’affaires n’augmente pas les chances de succès. Aucune différence n’a été observée, en terme de réussite, entre les nouveaux entrepreneurs qui ont démarrés avec ou sans plan d’affaires.
Malgré ce fait, le plan d’affaires est devenu un passage obligé pour les porteurs de projet. La plupart des programmes de formation en entrepreneuriat l’incluent dans leurs programmes, de nombreux concours de plan d’affaires sont organisés à travers le monde chaque année et il existe d’innombrables ouvrages de références et de sites Internet sur le sujet.
Pourquoi l’exige-t-on?
Cet outil est le moyen de communication existant entre le porteur de projet et les décideurs. Les financiers font appel aux plans d’affaires faute d’avoir d’autres solutions pour analyser la nature des projets qu’ils reçoivent. Cette façon de présenter leurs projets force les créateurs d’entreprise à mettre de l’ordre dans leurs idées, à voir s’ils sont disciplinés et s’ils peuvent faire preuve de persévérance. Mais est-ce la meilleure façon de tester leur détermination? Comme le précise Ananou et Cohen : « … la capacité à rédiger un tel document ne démontre que celle de présenter les choses de manière structurée. Si elle est certainement utile, ce n’est pas une qualité indispensable pour réussir sur le terrain » (p. 4).
De plus, cette rédaction a évidemment un coût. Quel est le retour véritable sur cet investissement de temps qui s’estime en semaines, voir même en mois. Cette période consacrée à l’élaboration du plan ne l’est malheureusement pas au lancement du projet. En plus d’avoir un impact sur le moral de son rédacteur, il comporte certainement un coût en termes d’opportunités manquées. Autre élément troublant, les financiers admettent que 90 à 95 % des plans d’affaires reçus ne sont pas lus. Le document joue le même rôle que le CV pour le recruteur. Les plans peu convaincants sont donc éliminés. Quel gaspillage!
Alternative proposée
Un facteur de réussite de la création d’entreprise est l’adéquation entre le porteur et son projet. Une fois le document accepté, il est rare de voir un financier y donner son accord sans avoir même rencontré le futur entrepreneur pour en faire une analyse plus approfondie.
Il ne sert donc à rien de présenter dès le début un dossier aussi étoffé qu’un plan d’affaires. L’énergie devrait tout d’abord être concentrée sur la première étape, soit une présentation des grandes lignes du projet, et non pas l’élaboration d’un plan de mise en œuvre. Ce document plus approprié porte de nom de dossier d’opportunité ou dossier d’affaires. Il est plus élaboré qu’un simple résumé, beaucoup moins que le plan d’affaires et nécessite environ 5 à 10 pages. Une fois ce dossier accepté et l’équipe rencontrée, trois situations deviennent donc possibles :
De cette analyse, il ressort que le plan d’affaires reste un concept intéressant et utile. Mais pour être cohérent avec la démarche des décideurs, il serait mieux, dans bien des circonstances, de diviser la démarche en deux. Soit la présentation du dossier d’opportunité suivi ensuite d’un plan d’exploitation. Cette démarche permettrait de guider de façon plus naturelle la réflexion du futur entrepreneur. La faiblesse du plan d’affaires est de vouloir répondre dans un seul document au « pourquoi » et au « comment ». Cette hypothèse mérite donc d’être approfondie et vérifiée par d’autres études plus poussées.
Pour prendre connaissance de l’étude, cliquer ici.
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